GUIDE DE L'ENSEIGNEMENT BILINGUE EN PAYS BASQUE IKAS-BI est une association dont le but est de promouvoir le bilinguisme dans l'enseignement public en Pays Basque. A travers ces quelques pages, IKAS-BI vous propose de découvrir que, depuis 1983, l'apprentissage de la langue basque (c'est-à-dire l'euskara), conjointement à celui de la langue française, peut se faire dans le cadre de l'enseignement public grâce aux classes bilingues qui, dès la maternelle, mettent l'enfant au contact de deux langues. Prenez-donc le temps de lire ces quelques pages et vous saurez tout sur les réalités et l'actualité du bilinguisme. L'ENJEU CULTUREL Il s'agit d'assurer la transmission de ce patrimoine irremplaçable et plusieurs fois millénaire. L'enseignement qui a été le Cheval de Troie contre les langues régionales est, à présent, en première ligne pour réparer, revaloriser et transmettre. Et c'est un des devoirs de l'enseignement public que d'assurer aux enfants une éducation qui réponde à leur cadre de vie. L'ENJEU ECONOMIQUE Notre région est pourvue d'une très forte identité. D'où l'importance d'inclure dans la formation des enfants l'apprentissage de la langue qui leur permettra de prendre une part plus active au développement économique par une meilleure connaissance de leur environnement. N'oublions pas que les pouvoirs de la région vont sans cesse grandissant et que l'indispensable décentralisation qui doit assurer la revitalisation des régions passe par une connaissance approfondie du milieu de vie. La nouvelle donne européenne nous en montre de multiples exemples. L'ENJEU PEDAGOGIQUE L'enseignement bilingue paritaire permet de valoriser et de développer les capacités de très jeunes enfants à acquérir une deuxième langue et à maîtriser deux langues de manière équivalente. Il prend toute son efficacité en appliquant ces principes dans le cadre d'une organisation scolaire spécifique et d'un environnement adapté. IKAS-BI - Pourquoi et Comment ? RASSURER les parents : on a tellement dit ou écrit d'inepties sur le bilinguisme enseigné dès la maternelle ! Non seulement, il ne diminue pas les possibilités de l'enfant, mais il développe son intelligence en lui donnant un atout majeur pour l'avenir. EXPLIQUER les conditions dans lesquelles cet enseignement se déroule. Faire connaître le programme scolaire suivi par les enfants en classe bilingue. Toutes les garanties sont désormais offertes pour assurer le meilleur développement intellectuel et affectif de l'enfant, le mieux adapté à son cadre de vie. INFORMER en participant à des réunions, à travers les médias ou encore par cette brochure, tous les parents d'élèves, tous les enseignants et tous les responsables du Pays Basque de la possibilité qui est maintenant offerte de faire apprendre l'euskara aux enfants dans le cadre de l'enseignement public avec les classes bilingues. REALISER la synthèse de toutes les demandes de la part des parents d'élèves pour que s'ouvrent de nouvelles classes bilingues. IKAS-BI se doit d'être le lien permanent et privilégié entre les parents, les enseignants, les directeurs d'écoles et les responsables de l'Éducation Nationale. Un enseignement toléré mais rarement organisé ne peut toucher qu'une minorité d'élèves. Il faut amener les pouvoirs publics à proposer, partout en Pays Basque, ce type d'enseignement. ASSURER * aux enseignants dont la compétence est la clé de la réussite des classes bilingues, notre appui pour avoir les mêmes conditions de formation et de travail que leurs collègues de l'enseignement unilingue ; * aux parents, la transparence de l'enseignement et un dialogue ouvert avec « la pyramide hiérarchique » ; * à l'euskara son entrée massive dans l'enseignement public, dans le primaire puis dans le secondaire ainsi que dans l'enseignement supérieur. Quelques principes essentiels de l'enseignement bilingue précoce « Être bilingue, c'est être capable de comprendre et de s'exprimer oralement et par écrit dans deux langues, et ceci dans toutes les situations de la vie privée, professionnelle et sociale. Depuis plusieurs années déjà, un consensus s'est établi dans la recherche psycholinguistique sur plusieurs points essentiels : Un bilinguisme bien conduit n'est pas nocif pour l'enfant, il constitue, bien au contraire, un facteur de développement de l'intelligence dans des domaines aussi essentiels que celui de la pensée abstraite et symbolique (apprentissage des mathématiques par exemple). Sur le plan purement linguistique, l'enfant bilingue fournit à terme des prestations significativement supérieures à celles d'un enfant monolingue, et cela dans les deux langues. Plus l'enfant est jeune et plus l'acquisition lui est facile. C'est là une constatation expérimentale que l'on peut renouveler quotidiennement chez les enfants de familles bilingues. Le cerveau de l'enfant est prédisposé à acquérir, par imitation et par reproduction active, toute langue parlée dans son entourage. Il l'apprend aussi aisément qu'il a appris sa langue maternelle, inconsciemment et quel que soit son Q.I. En un mot, tout enfant capable d'apprendre sa langue maternelle est capable d'en apprendre d'autres. La stratégie universelle et innée qu'il met en Ïuvre pour cette acquisition simplifie la langue pour pouvoir mieux l'assimiler. Elle produit donc des erreurs qui s'éliminent progressivement et naturellement. Ces déviances constituent autant d'étapes de l'acquisition et doivent donc être traitées avec ménagement. Cette stratégie acquisitionnelle est pleinement opérante dans le très jeune âge. Si l'on attend qu'un enfant ait 6 ou 7 ans pour lui faire aborder l'apprentissage d'une deuxième langue vivante, l'on perd un temps précieux ». Jean PETIT Psycholinguiste Professeur aux Universités de Reims et de Constance. «... il faut combattre un certain nombre d'idées toutes faites. Pour bien des parents et parfois hélas pour certains éducateurs, existe toujours l'idée un peu simpliste que le temps passé à l'apprentissage des langues est autant de perdu pour l'apprentissage du français ou des mathématiques. Il faut les convaincre qu'ils se trompent du tout au tout : le cerveau n'est pas un système de vases communiquant, c'est un « muscle ». Plus on parle de langues et plus on a la faculté d'en parler ; mieux on parle une langue et mieux on parlera les autres. Les petits enfants plurilingues que nous aspirons à former, non seulement ne perdront rien dans leur langue nationale ou dans les autres disciplines, mais au contraire ils y gagneront comme le prouvent les nombreux tests effectués, et cela dans toutes les disciplines ». François BAYROU, Ministre de l'Éducation Nationale. Colloque de Pau, 13 Mai 1994. Circulaire ministérielle n° 95.086 du 7 Avril 1995 voir B.O. n° 16 du 20 Avril 1995. Cette circulaire fixe les textes réglementaires qui officialisent l'enseignement des langues et cultures régionales (le texte intégral peut vous être fourni par IKAS-BI sur simple demande). Pourquoi parlez-vous basque ? Vous voulez que vos enfants apprennent le basque et le parlent. Mais pourquoi donc ? A quoi cela peut-il servir ? A ces questions que l'on entend souvent autour de soi, on peut tenter de répondre en se justifiant rationnellement, en argumentant sérieusement. Je veux que mes enfants apprennent et parlent le basque parce que c'est la langue de leurs parents ou de leurs grands-parents, ou parce qu'ils sont nés ou habitent au Pays Basque, ou parce que la langue est à la base de la culture ou parce que la pratique du bilinguisme est un bon exercice intellectuel et un premier pas vers l'acquisition d'autres langues, ou encore parce que cela peut-être un atout sur le marché du travail. On peut donc faire la démonstration que la langue basque sert ou peut servir à quelque chose dans la société moderne. On peut se justifier de différentes façons. Mais pourquoi toujours se justifier ? La plupart des habitants de cette planète parle plusieurs langues. Les pays qui ont plusieurs langues co-officielles sont beaucoup plus nombreux que ceux qui n'en ont qu'une. La France, au dernier rang des pays de la Communauté Européenne pour ce qui est de l'apprentissage des langues en général a accumulé un retard à la mesure de sa tradition historiquement centraliste. Elle refuse de reconnaître le basque et les langues régionales. Les enfants sont plus ouverts, HEUREUSEMENT ! Que fera-t'il ? Si votre enfant entre dans une section bilingue Français-Basque Il apprendra deux langues et étudiera dans ces deux langues à parts égales. Au cycle (1) des apprentissages premiers (école maternelle : 2 à 5 ans). Il suivra toutes les activités éducatives habituelles pendant 12 heures en français et 12 heures en basque. Au cycle (2) des apprentissages fondamentaux (Grande section, CP, CE 1 : 5 à 8 ans) L'horaire officiel de français sera intégralement respecté : * il apprendra à lire en Français * il fera le calcul et les sciences en Basque. Au cycle (3) des approfondissements (CE 2, CM 1, CM 2 : 8 à 11 ans) * il apprendra à lire et à écrire en Basque * il pourra s'initier à une troisième langue (à partir du CM). Dans quelle classe ira-t'il ? Dans sa classe habituelle, avec ses camarades et son enseignant, pendant l'horaire de Français. Avec le groupe des enfants de la section bilingue et l'enseignant de Basque pendant l'horaire en Basque. POURRA-T-IL ENTRER EN 6e COMME LES AUTRES ENFANTS ? Oui, de la même manière que ses camarades ne fréquentant pas la section bilingue. ENSEIGNEMENT PRIMAIRE • Choix de matières : Mathématiques, Biologie, Technologie, activité artistique, activité sportive, langue (apprentissage spécifique). • Motif de ce choix : les Maths ont été choisis car l'écrit est universel ; c'est une matière importante qui crédibilise l'enseignement basque ; cela réussit bien aux élèves. • Nombre d'heures : 4 h 30 : Maths/Biologie/Technologie/Activité artistique/Activité sportive, 1 h : Langue (apprentissage spécifique). Elle a pour origine la demande des familles présentée par les parents élus au Conseil d'école ou directement auprès du directeur de l'école. Le Conseil d'école donne son avis. Si l'avis est favorable, un dossier est constitué. 1 Ce dossier comprend : * le procès-verbal de délibération du Conseil d'école ; * l'engagement des parents ; * l'accord du maire (accord indispensable car il faudra un local disponible) * délibération du Conseil Municipal. Le dossier est transmis à l'inspecteur d'académie pour décision. Remarque : l'ouverture n'est envisagée que si le nombre d'élèves est suffisant : 15. Dans le passé, une dérogation était accordée en milieu rural pour ouvrir une section bilingue avec 12 enfants. Connaître le basque au préalable n'est pas une nécessité : 80 % des élèves viennent de familles non bascophones. Il faut organiser une enquête afin de recenser la demande. Mais l'enquête n'est pas seulement un moyen de compter les candidats potentiels, elle est aussi un moyen de sensibilisation et d'information du public. L'enquête peut être faite par : * l'Éducation Nationale, * la Direction de l'école, * les parents ou un groupe de parents motivés, * l'association IKAS-BI parents d'élèves Pays Basque. En prolongement de l'enseignement bilingue dispensé à l'école et de manière à assurer la continuité indispensable, des sections de langues régionales sont mises en place dans les collèges. Ces sections visent à la fois un renforcement des compétences linguistiques des élèves et l'approfondissement de la culture de la région dans l'aire géographique où la langue est en usage. Ces sections offrent aux élèves : * d'une part, un enseignement de langue et culture régionale de trois heures hebdomadaires minimum, * d'autre part, un enseignement d'une ou deux disciplines dans la langue régionale. (Extrait de la circulaire ministérielle d'Avril 1995) Le même texte devrait être publié prochainement à propos du lycée et dès 1997 la possibilité est offerte aux élèves de terminale de composer en basque l'épreuve d'Histoire/Géographie au baccalauréat. Le choix des matières se porte sur l'Histoire, la Géographie. Elles représentent des matières vivantes et donnent à l'élève la possibilité d'utiliser toute la palette de l'Euskara. Elles font l'objet d'épreuves écrites lors du Brevet des Collèges et du Baccalauréat. Depuis 1994 et 1997 les élèves peuvent composer en Basque lors des examens officiels. HORAIRES : Histoire/Géographie (programme identique à celui des monolingues) ¥ 4 heures en 6e ; 3 h 30 en 5e, 4e et 3e ; 3 h 30 ou 4 h de la Seconde à la Terminale. Langue basque (Littérature et Civilisation) ¥ 4 h en 6e et 5e ; 3 h 30 de la 4e à la Terminale. Les heures consacrées à la langue basque se rajoutent aux heures scolaires des bilingues par rapport aux unilingues. QUESTIONS - REPONSES Quel est le seuil d'ouverture d'une section bilingue ? Il n'y a pas vraiment de seuil car il s'agit d'un suivi. Pour exemple au Collège de CAMBO en Septembre 1993 s'est faite avec 6 élèves. Au Lycée M. RAVEL à ST JEAN DE LUZ, Seconde et Première ont été ouvertes en 1996 avec 8 élèves. Quelle est la procédure administrative ? 1 - Le Conseil d'Administration de l'établissement doit être saisi de la demande et se prononcer. 2 - La délibération est adressée à l'Inspection Académique accompagnée ou non d'une demande de dotation horaire supplémentaire. 3 - L'Inspection Académique inscrit ou non cette demande à la carte scolaire. Quels sont les obstacles rencontrés ? Les réticences, quand elles existent, sont dues : - à la relative complexité dans la gestion administrative des emplois du temps ; - à la nouveauté ; - au manque d'organisation pour alimenter la filière de recrutement des enseignants. Quelles évaluations ont été faites ? Les évaluations nationales des élèves de 6e sont tout à fait positives pour les « bilingue » qui se situent, année après année, au-dessus de la moyenne nationale. Ces évaluations sont faites en Français. Par ailleurs, les résultats sont tout autant satisfaisants au Brevet des Collèges où, pour la 4e année consécutive, tous les élèves ont choisi de composer en basque l'épreuve d'Histoire/Géographie. (D'après une communication de Mmes C. LERALU et I. LICHAU, Inspectrices honoraires de l'Éducation Nationale) I - HISTORIQUE L'enseignement bilingue Français-Basque a débuté le 18 Avril 1983, à l'école publique de Sare. Il existait alors dans certaines écoles publiques un enseignement de la langue basque à raison de 3 heures par semaine. Ce module, fondé sur une égale considération pour les deux langues et le respect des programmes nationaux, est en vigueur depuis 1983. En Septembre 1996, l'enseignement bilingue Français-Basque à parité horaire est suivi par environ 2 000 élèves de la maternelle au lycée. Depuis Juin 94, un arrêté ministériel autorise les candidats au Brevet national des collèges issus des sections bilingues à choisir le basque pour composer l'épreuve d'histoire-géographie. La circulaire ministérielle d'Avril 1995 définit le cadre réglementaire de l'enseignement bilingue. Depuis Juin 1996, les élèves des sections bilingues de terminale peuvent aussi choisir de composer en basque l'épreuve d'Histoire/Géographie au Baccalauréat. II - LE MODULE D'ENSEIGNEMENT 1) PRINCIPES DE BASE Des deux principes de base : * 4 égale considération pour les deux langues ; * 4 respect des programmes nationaux ; découlent deux conséquences : * 4 même horaire pour chaque langue ; * 4 respect de l'horaire de français. Ce qui conduit à la nécessité d'enseigner des disciplines en basque. Cette dernière conséquence entraîne elle-même la nécessité d'un enseignement précoce, dès la maternelle, en respectant les conditions d'enseignement adaptées à de jeunes enfants. 2) MISE EN APPLICATION ET PRINCIPES PÉDAGOGIQUES Pour chaque langue : un maître et un lieu différent Le jeune enfant a ainsi des repères qui facilitent l'acquisition de la langue. * A l'école maternelle : apprentissage par immersion Faire « vivre » en basque le jeune enfant et éviter toute méthode programmée d'apprentissage. * A l'école élémentaire : enseignement transdisciplinaire Le choix des disciplines à enseigner en langue basque a été fait en respectant une double exigence : maintenir l'horaire de français d'une part (apprentissage de la lecture en français au CP) et choisir des disciplines dites « fondamentales » d'autre part. Le choix a donc été le suivant : * pour la totalité : mathématiques, science, géographie ; * pour une partie de l'horaire : arts plastiques, éducation musicale, EPS. L'expérience permet d'affirmer que ce fut le bon choix : * les mathématiques parce qu'elles exigent un langage simple mais précis ; * les sciences parce qu'elles demandent un enseignement concret se rapportant aux concepts d'espace et de temps ; * les arts plastiques et la musique parce qu'elles sont les premières clés de la culture. Les mêmes disciplines sont enseignées en basque pendant toute la scolarité à l'école primaire. L'horaire hebdomadaire est réparti d'une manière équilibrée entre les deux langues en veillant à éviter concentration ou émiettement. A l'usage, il apparaît que les meilleures répartitions seraient les suivantes : par quart de journée ou par demi-journée pour chaque langue en alternance. 3) FONCTIONNEMENT Le choix de l'enseignement bilingue se fait sur la base du volontariat des parents. Ces derniers ne s'engagent pas pour toute la durée de la scolarité mais seulement pour l'année scolaire. Dans une école « site bilingue » il y a donc deux catégories d'enfants : ceux qui suivent l'enseignement unilingue et ceux qui suivent l'enseignement bilingue (40 % de bilingues en moyenne, les écarts allant de 15 à 72 % selon les groupes scolaires). Le mode de fonctionnement consiste à répartir les enfants bilingues dans toutes les classes de l'école et à les regrouper seulement pour le travail en basque. C'est ce mode de fonctionnement que nous avons adopté, pour les raisons suivantes : * avoir un lieu spécifique de travail pour chaque langue ; * éviter la marginalisation des enfants bilingues et de l'enseignement bilingue ; * impliquer toute l'école : la mise en place d'un site bilingue est un véritable projet d'école qui demande l'adhésion de tous, une grande cohésion et un évident dynamisme ; * rendre nécessaire le travail en équipe ; * valoriser l'emploi de directeur, partie prenante dans l'organisation pédagogique ; * la répartition des élèves bilingues dans les classes ; * la constitution des groupes ; * l'harmonisation des emplois du temps ; * alléger les effectifs de toutes les classes pendant la moitié de l'horaire et permettre ainsi aux enseignants de français de mieux observer, pour mieux les aider, les enfants qui ont des difficultés. Le « taux de confiance », c'est-à-dire la proportion d'enfants qui suivent un cursus bilingue complet de la maternelle au CM2, augmente sans cesse. * en 1993 47 % * en 1995 55 % * en 1996 60 %. 4) GESTION a. Les collectivités territoriales : Les frais de fonctionnement sont pris en charge par la commune : local supplémentaire, à crédits particuliers de papeterie pour compenser l'absence d'outils pédagogiques à ce jour. Il faut aussi souligner l'effort des collectivités locales (communes) qui ont toujours accompagné financièrement la mise en place de l'enseignement bilingue. Elles ont aussi, le plus souvent, recruté des aides maternelles (ASEM) bascophones pour les sections maternelles bilingues, témoignage de considération pour cet enseignement. b. L'Éducation Nationale : L'encadrement en poste de français est fonction de l'effectif global selon les règles en vigueur pour la carte scolaire départementale. L'encadrement en postes de basque tient compte du fait que l'enseignant de basque travaille avec des groupes hétérogènes en âge et en niveau (élèves de plusieurs classes) pour lesquels la langue basque est en général la langue seconde. On limite donc le nombre d'élèves dans chaque groupe (appelé section) à 19. Chaque section bilingue ayant un effectif compris entre 10 et 19 élèves, le maître de basque prend en charge de 20 à 38 élèves (2 sections de 12 heures). Formation des enseignants A propos d'encadrement, l'Éducation Nationale s'est rendue coupable, depuis 1983 (mais encore actuellement), de mal gérer la formation des enseignants pour le Basque et les langues régionales. Nous avons demandé à l'Inspecteur départemental en charge du Basque de nous écrire quelques lignes sur le sujet de la formation mais il a refusé et pour cause. Pour le 1er cycle : Au départ, on a fait appel aux enseignants locuteurs puis au recrutement, quand le DEUG de Basque a été créé, d'enseignants à ce niveau au titre de suppléants éventuels titularisés par la suite. Même chose quelques années plus tard avec la licence pour des personnels qui continuent à bénéficier d'une formation continue. La circulaire de 1995 prévoie désormais une formation spécifique à travers les IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres) qui devrait être mise en place à la rentrée 1997 et résoudre enfin ces problèmes de formation. Pour le second cycle : Licence et CAPES de Basque représente une filière de formation pour des enseignants auxquels l'Histoire et la Géographie est enseignée en matière principale. Actuellement, on fait appel à des licenciés certifiés d'Histoire/Géographie et ayant capacité à enseigner en Basque. La bivalence de certains diplômes devrait à l'avenir faciliter le recrutement. Un conseil aux parents : Qualification, capacité, voilà des sujets sur lesquels nous ne sommes pas toujours à l'aise d'autant plus que le corps enseignant lui-même ne nous éclaire pas volontiers. En résumé, pour nous un bon enseignant, quelque soit le cycle ou la matière est un enseignant formé qui aime ce qu'il fait. Les enseignants sont, avec les parents, la clé de voûte de l'Éducation. Ce sont des partenaires qui doivent se parler, se respecter et s'apprécier pour le plus grand bien des enfants/élèves bilingues ! III - LES EFFETS DU BILINGUISME 1) LES ENFANTS a. Résultats scolaires Les enfants bilingues sont soumis à l'évaluation nationale comme les autres élèves au début du CE2 et de la 6e, l'épreuve de mathématiques étant faite en français. Leurs résultats ont été comparés à ceux des élèves unilingues ayant eu au CE1 le même enseignant de français. Ces résultats se révèlent sensiblement meilleurs, en français comme en mathématiques. On peut affirmer que : * la langue française n'a pas souffert de la présence d'une autre langue et semble même avoir bénéficié des interactions entre les deux apprentissages ; * les connaissances en mathématiques sont bien transmises dans la seconde langue et l'attention accrue des enseignants à l'égard de l'obstacle linguistique aide à la conceptualisation en excluant tout verbalisme ; * l'aisance orale dans la seconde langue est moindre que dans la première mais les enfants s'en servent néanmoins de manière spontanée et autonome avec les personnes leur parlant dans cette langue. Ils savent lire et écrire en basque. Les résultats au baccalauréat des premiers élèves ayant suivi toute la scolarité bilingue sont satisfaisants (4 mentions « assez bien », 2 mentions « bien »). b. Comportement Les remarques qui suivent sont fondées sur l'observation des enfants et nous ont été rapportées par les enseignants de basque et de français. Les enfants semblent avoir : * une plus grande capacité d'attention, de concentration ; * une plus grande curiosité et vivacité d'esprit ; * plus de persévérance dans la recherche de solutions ; * plus d'aptitudes à prendre des initiatives. Ils paraissent plus créatifs et entreprenants, plus réfléchis. Ils s'adaptent plus facilement aux circonstances. Afin de constater le niveau des élèves, des évaluations sont faites en fin des 3 cycles : soit en fin CS pour le cycle 1, en CE2 pour le cycle 2 et fin CM2 pour le cycle 3. Elles comportent : 4 épreuves de compréhension de l'oral, 4 épreuves de production orale, 4 épreuves de compréhension de l'écrit et 4 épreuves de production de l'écrit. D'une durée totale d'une demi-heure par enfant, elles portent sur les Maths et les consignes sont formulées en français. 2) LES PARENTS Les parents des premiers élèves ont manifesté une certaine inquiétude à l'entrée au cours préparatoire. Ils craignaient de ne pouvoir suivre et contrôler le travail de leur enfant, donc de ne pouvoir l'aider. Cette inquiétude s'est révélée en fait très bénéfique. Elle a modifié les relations parents-enseignants, a été le point de départ de rencontres plus fréquentes et d'une confiance réciproque. Elle a également été le « ciment » d'une association de parents, Ikas-Bi, créée en Octobre 1986. L'aide que cette association a apporté à l'enseignement bilingue a été précieuse : elle a fait connaître et « reconnaître » cet enseignement (il est probable que sans elle il n'aurait pas dépassé le stade expérimental). Elle a soutenu l'édition et la diffusion d'outils pédagogiques. Mise en place dans un contexte particulier, créée par et pour le service public d'éducation, cette structure d'enseignement a démontré que l'école est tout à fait capable de s'adapter et d'intégrer des données locales. Pédagogiquement et linguistiquement solide, elle est en mesure de faire face aux excès ou dérives possibles car elle est garante de tolérance et de respect mutuel comme le souhaitent les parents. IV - ENSEIGNEMENT BILINGUE ET PERSPECTIVE D'AVENIR Les réflexions suivantes pourront apparaître plus théoriques ; elles sont cependant, elles aussi, des constats d'expérience, synthèse de ce qui a été observé au fil des années de fonctionnement du module d'enseignement précédemment décrit et de mise à l'épreuve de la réalité. L'enseignement bilingue est encore perçu localement comme étant «l'enseignement du basque». Certes, il l'est et nous ne tenons pas pour rien la connaissance de la langue basque mais c'est là, néanmoins, une formulation réductrice. Car si cet enseignement intègre la revendication linguistique, il est aussi plus que cela. Ce qui en fait la spécificité, c'est justement qu'il est... bilingue ! En effet, un enseignement bilingue n'est pas : * l'addition de 2 enseignements (un dans chaque langue) distincts et parallèles ; * l'enseignement d'une seconde langue comme matière supplémentaire ; * l'enseignement dans une autre langue que la langue « habituelle » (officielle) de l'école. C'est un enseignement qui met l'enfant, dès le début de sa scolarité, en présence de deux langues qui sont à la fois objet d'étude (langues enseignées), et moyen de communication et d'acquisition de connaissances (langues d'enseignement). En travaillant deux langues, l'enfant bilingue construit un outil d'apprentissage linguistique et scolaire beaucoup plus performant que celui de l'enfant unilingue par le simple fait qu'il a à traiter constamment des différences linguistiques et mentales. Dans un enseignement bilingue bien maîtrisé, il y a convergence et/ou complémentarité des approches didactiques et des apprentissages. C'est un ensemble spécifique, dont les différentes parties agissent en synergie et peuvent jouer en faveur de meilleurs résultats. Dans le module d'enseignement décrit précédemment, un élément nous paraît essentiel : les deux langues sont à parité, redonnant sa dignité à la langue régionale tout en conservant sa place à la langue nationale. La parité n'est pas seulement pédagogique ou de volume horaire (bien que cela en soit l'une des traductions concrètes), mais elle est aussi psychologique, signe d'égale considération et de respect pour les personnes qui les parlent. Enfin, la langue régionale a une position privilégiée pour un tel enseignement : langue différente du français mais pas étrangère, (et souvent familière), rattachant à la mémoire collective, à la lignée et au lieu, ancrage dans le temps et l'espace. Le couplage langue régionale-langue nationale offre un bénéfice inattendu : il habitue en douceur aux différences de culture. Ainsi, pour l'enfant bilingue, l'apprentissage linguistique est aussi apprentissage de la vie sociale, initiation à la perception des différences et à la complexité du réel. Il est davantage encore une construction de la personnalité autour des jalons et des repères des langues du lieu. Parfaitement intégré dans le système éducatif existant (on n'ajoute ni ne retranche rien aux horaires et programmes officiels), cet enseignement est néanmoins exigeant : pour les enfants auxquels il demande un effort (mais il est aussi gratifiant à la mesure de l'effort consenti) ; pour les enseignants qui ne peuvent s'abandonner à la routine ; pour les directeurs d'école et les gestionnaires qui doivent accepter quotidiennement les tensions inévitables et maintenir les fragiles équilibres d'une situation nouvelle (c'est tout de même un beau chambardement dans les habitudes quand une école s'engage dans cette voie). Mais cet enseignement est aussi générateur de dynamisme créatif et il tire l'ensemble de l'école vers le haut. L'enseignement bilingue est reconnu et valorisé dans la récente circulaire ministérielle du 7 Avril 1995 (BO n° 16 du 20 Avril 1995). C'est un outil proposé à tous ceux qui voudraient le mettre en Ïuvre et il existe déjà, d'ailleurs, dans d'autres régions que le Pays Basque, et notamment en Alsace, chez les Occitans, les Bretons (avec quelques différences d'organisation), et les Catalans. Loin d'être passéiste, il nous semble tourné vers l'avenir, capable de faire face aux situations de contact de langues qui sont à notre porte, soubassement solide au plurilinguisme souhaité et nécessaire dans le futur qui s'annonce. L'école ne pourrait-elle devenir le lieu privilégié de coexistence pacifique des langues ? Nouvelle vocation pour l'école de la République ? Terminons au moins sur une note humaniste : « Autant de langues que l'homme sait parler, autant de fois est-il homme. » (attribué à Charles Quint par Brantôme, Vie des hommes illustres). * Ne forcez pas votre enfant à parler en BASQUE. Il le fera quand il en aura besoin ou envie. * Soyez patients, si votre enfant est monolingue lors de son entrée à l'école, il ne sera pas bilingue du jour au lendemain. * Très vite il comprendra tout ce que le Maître ou la Maîtresse dira en Basque, même s'il ne s'exprime pas tout de suite dans cette langue. * Soyez rassurés, un enseignement bien conduit, non seulement ne perturbera pas votre enfant, mais contribuera à son épanouissement. * Dans le monde, 80 % des enfants de 8 ans sont bilingues, 50 % des enfants suivent leur scolarité dans une langue autre que celle de leurs parents. D'après les évaluations réalisées par l'Inspection Académique, les enfants des classes bilingues obtiennent de meilleurs résultats en maths et en français. Si vous parlez le Basque en famille, continuez à le faire, sinon, n'en faites pas un complexe ! * Pour aider vos enfants, vous pouvez aussi apprendre le Basque grâce aux cours pour adultes d'A.E.K. (05 59 25 76 09) ; vous pouvez aussi utiliser : la télévision (France 3, ETBI...), les radios basques : Xiberoko botza (95,5 ; 103,7 ; 88,8 Mhz), Iroulegiko Irratia (91,8 Mhz), Gure Irratia (106,6 Mhz) ainsi que les émissions en basque de Radio France Pays Basque (Labourd : 101,3 Mhz ; Basse Navarre : 102,4 Mhz ; Soule : 103,1 et 90,8 Mhz), la presse basque, développer des relations avec des familles bascophones et abonner vos enfants à NANAI entre autres. * Si au cours de l'année scolaire vous ou votre enfant ressentez des difficultés, parlez-en à l'institutrice ou à un parent de notre Association, que vous pouvez joindre à tout moment.
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