18 juin 2008 Le sénat refuse la reconnaissance des Langues Régionales Les Français, fervents défenseurs des langues régionales D'après notre sondage, 68 % des Français sont favorables à l'inscription de la reconnaissance des langues régionales dans la Constitution. Unité ou diversité ? Unité dans la diversité répondent les Français dans notre sondage exclusif. Ils sont favorablesà une écrasante majorité à la reconnaissance des langues régionales par la Constitution. Présenté par le député UMP Breton Marc Le Fur, l'amendement visant à inscrire la reconnaissance des langues régionales à l'article premier de la Constitution a suscité de vifs échanges au Parlement. Adopté par l'Assemblée nationale, ce texte a été vigoureusement repoussé par le Sénat et a même suscité l'ire des vénérables académiciens du Quai Conti. Pour une écrasante majorité de Français, en revanche, que les « langues de France » figurent au côté du français dans la loi fondamentale paraît presque couler de source. À 68 %, ils se disent favorables à l'initiative prise par le Parlement, même si 45 % des sondés réduisent leur enthousiasme à un prudent « plutôt favorable ». Doute que ne connaissent pas les opposants au projet. Leur hostilité est plus radicale et s'exprime par 16 % de « pas du tout favorable ». Les jeunes très favorables Comme l'ont révélé plusieurs études et précédents sondages, les jeunes générations sont les plus ouvertes au multilinguisme. À près de 80 %, les moins de 30 ans plébiscitent cette révision de la Constitution. Ils ne sont plus que 58 % au-delà de 50 ans, tandis qu'au-delà de 75 ans « pour » et « contre » s'équilibrent. Une fracture générationnelle également marquée entre étudiants (80 % favorables) et retraités (54 %). La preuve, diront les partisans des langues régionales, que le Sénat et l'Académie, qualifiées « d'assemblées de gérontes » défendent une vision passéiste éloignée de celle de l'opinion des Français. Langue régionale, langue du peuple ? Notre sondage semble l'attester. Les employés et ouvriers (75 % favorables) sont plus attachés que les cadres et professions libérales (65 %) à la sauvegarde de ce patrimoine linguistique. Le projet d'amendement des députés a été repoussé par les sénateurs au motif qu'il constituait une atteinte à l'identité nationale et à la République « une et indivisible ». Une crainte que ne partagent pas du tout les Français. Le fossé entre leur opinion et celle du Palais du Luxembourg serait énorme puisque 70 % des sondés considèrent que la mention des langues régionales dans la Constitution marque une appartenance au patrimoine français. Sans réelle surprise, l'électorat Vert, Modem et PS est le plus convaincu de la nécessité d'une réforme et, dans une mesure à peine moindre, la sensibilité UMP (65 %). Bien que l'échantillon de sondés soit limité, l'électorat communiste semble en parfait désaccord avec les sénateurs PC hostiles à la révision constitutionnelle. Enfin, les langues régionales, une affaire provinciale ? Une querelle entre France des champs et France des villes ? Pas vraiment ! Paris et l'Île de France (69 %) tiennent plus à la sauvegarde du breton et du basque que les communes rurales (65 %) de moins de 2 000 habitants ! Jean-Laurent BRAS Ouest France - Dimanche 22 juin • COMMUNIQUÉ FELCO Notre association vient de prendre connaissance du débat mené le 18 juin au Sénat sur l'amendement voté à l'Assemblée concernant la reconnaissance dans l'article 1 de la Constitution de l'appartenance des langues régionales au patrimoine national. Ce débat a débouché sur la suppression de toute mention des langues régionales dans la Constitution, effaçant ainsi une avancée d'une grande portée symbolique. En tant qu'association professionnelle, la FELCO n'a pas à émettre d'avis sur la représentativité des sénateurs, indéniable quoique reposant sur un corps électoral peut-être un peu restreint. Elle n'a pas davantage d'interrogation à formuler sur ce que peut être la représentativité de M. Charasse, même s'il semble être en délicatesse avec le parti qui lui a naguère fourni ses grands électeurs, et que l'approbation qu'il recueille dans le présent débat vient d'autres bancs que de ceux auxquels on pourrait s'attendre. Nous n'avons pas davantage à nous prononcer sur le fait que M. Mélenchon semble croire que Marcel Cachin était socialiste, ce qui n'est vrai que jusque vers 1920 - mais quelle importance ? ou que la loi Toubon "a élargi l'enseignement des langues régionales", ce que l'auteur de cette loi n'avait assurément pas prévu, puisqu'il parlait alors d'autre chose. Nous enregistrons avec curiosité le discours de M. Renar, saluant les positions de l'Académie française, ou affirmant au nom du Parti Communiste que "la langue est le premier aspect du génie d'un peuple" ce qui est très romantique quoique quelque peu ethniciste, ou célébrant l'ordonnance de Villers-Cotterêts comme "permettant à chacun de comprendre et de se faire comprendre", ce qui surprendra tous ceux qui savent un peu ce qu'était le degré exact de connaissance du français juridique dans les classes populaires en France au XVI siècle. Arrivé à ce stade, il est sans doute inutile de signaler à M. Renar que la même ordonnance interdit les coalitions ouvrières, autant dire les syndicats, car il s'agit ici sans doute ici d'autre chose que du "génie" du peuple français. Quant à croire que l'article 2 de la constitution modifié en 1992 ne visait que l'anglais, c'est une idée qui ne résisterait sans doute pas longtemps à la lecture des titres de films actuellement à l'affiche ou à celle de bien des publicités actuellement visibles partout. Répétons-le : nous n'avons pas, en tant qu'association professionnelle regroupant des fonctionnaires attachés au service public, à formuler le moindre jugement sur la qualité du débat qui vient d'avoir lieu au Sénat. Nous nous bornons donc à souhaiter qu'au cours de la navette qui doit suivre, les députés confirment l'importance que leur vote du 22 mai attribuait à la reconnaissance de l'appartenance des langues régionales à la culture nationale, quitte à déplacer l'expression de cette reconnaissance de l'article 1 -puisqu'il fait problème- à l'article 2, comme suggéré d'ailleurs par les amendements déposés avant le vote du 22 mai. Philippe Martel Président de la Fédération des Enseignants de Langue et Culture d'Oc • COMMUNIQUÉ APA ESCOLA PÚBLICA Une réaction de plus Si un jour le Canada devait réduire le français sur son territoire à une langue régionale ayant le même statut et les mêmes droits que le catalan, le basque, le breton..... sur le territoire français, nous entendrions les plaintes des hommes d'État et de l’Académie sur la place parisienne, défendre, en se prévalant des droits de l'Homme, une langue parlée par moins de 5% de la population nord-américaine. Mais ni le Canada, ni la Suisse, ni le Luxembourg ne seront la France, et c'est tant mieux. Qu’ils se gardent bien d’un universalisme qui ne se déclinerait que dans un ethnocentrisme exclusif qu’il soit français ou autre. Pour le moment, la France prêche à l'extérieur, au niveau international, ce qu'elle refuse à ses propres citoyens en niant toute politique linguistique respectueuse des diversités régionales. Il y a encore des Bastilles à faire tomber...Les langues régionales sont encore dans la situation des noirs de l’Amérique du Nord, qui voulaient dans les années 50 monter dans les bus des blancs en Alabama ou ailleurs. L’apartheid avait ses lois, mais l’esprit des hommes l’a emporté sur les barrières de l’égoisme et des grincheux des camps retranchés. Nos langues monteront dans les bus de respectabilité, de l’officialité et de l’usage. Nous y travaillons chaque jour. Joan Jaume PROST
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